Les enjeux du conditionnement d'air en Chine

Un rapport récent de l'AIE souligne la croissance impressionnante de la demande actuelle et future dans le secteur du conditionnement d’air en Chine. Toutefois, il considère que des politiques fortes favorisant l'efficacité énergétique des climatiseurs associées à une amélioration de la conception des bâtiments et de la gestion des systèmes permettraient d’éviter une hausse importante des consommations d’énergie et des émissions durant la prochaine décennie.

Entraînées par l'augmentation des revenus et la demande croissante de confort thermique, principalement dans les zones urbaines, les ventes de climatiseurs en Chine ont quintuplé depuis 2000, représentant près de 40% des ventes mondiales en 2017.


Comme l'indique le rapport de l'Agence Internationale de l’Energie The Future of Cooling in China1 publié en juin 2019, la consommation d'énergie due au conditionnement d’air en Chine a connu un taux de croissance annuel moyen de 13% depuis 2000 pour atteindre environ 400 TWh en 2017. Le conditionnement d’air en Chine a représenté plus de 10% de l’augmentation totale de la consommation d'électricité du pays et environ un tiers de l’augmentation de la consommation d’énergie utilisée au niveau mondial pour le conditionnement d’air pendant la période 2010-2017.


Cependant, la consommation d'électricité due au conditionnement d’air par habitant reste en Chine nettement inférieure à celle des États-Unis et représente moins de la moitié de celle du Japon et de la Corée, ce qui laisse à penser que la marge de croissance est considérable.


Environ 40% des ménages ne possèdent pas encore de climatiseur. Comme les revenus continuent d’augmenter, le taux d’équipement pourrait atteindre 85% d'ici 2030. Les attentes croissantes en matière de confort thermique et le nombre croissant de journées chaudes augmenteront également la fréquence d'utilisation de ces climatiseurs. Les régions qui enregistreront la plus forte augmentation de degrés-jours de refroidissement d’ici 2030 sont aussi généralement celles où la densité de population est la plus élevée, ce qui impactera plus encore la demande de froid.


Compte tenu de la forte dépendance au charbon de la production d'électricité en Chine, les émissions liées à la consommation d'électricité du conditionnement d’air ont été multipliées par cinq depuis 2000 pour atteindre plus de 250 millions de tonnes de CO2 en 2017.


Sans politiques fortes, la consommation d'électricité pour le refroidissement de locaux pourrait atteindre 750 TWh ou plus d'ici 2030. Cela est dû à la fois à la demande croissante de froid et à la faible amélioration anticipée de l'efficacité énergétique des climatiseurs vendus qui, dans le Scénario de référence de l'AIE, ne seront que 10 à 20% plus efficaces d'ici 2030 que les équipements vendus en 2017. Des évolutions plus marquées vers un comportement de refroidissement «permanent» et «dans tout l'espace» des bâtiments augmenteraient plus encore la demande en électricité d'ici 2030, jusqu'à 900 TWh ou plus.


Une climatisation écoénergétique associée à une conception améliorée des bâtiments et à une gestion optimisée des systèmes peut permettre de stabiliser la consommation d'électricité liée au conditionnement d’air, tout en offrant des avantages économiques, sanitaires et environnementaux. L'amélioration des normes minimales de performance énergétique (NMPE) dans le « Scénario de refroidissement efficace » de l’AIE conduit à une efficacité moyenne des climatiseurs en 2030 supérieure de 50% à celle de 2017. Cela réduit la demande en énergie de refroidissement de plus de 200 TWh en 2030 par rapport au Scénario de référence. 100 TWh supplémentaires peuvent être économisés en utilisant des mesures d’amélioration de l’enveloppe des bâtiments, telles que des fenêtres à faible émissivité ou des toits frais, et en utilisant des dispositifs de refroidissement intelligents qui garantissent que l'énergie est utilisée quand et où du froid est nécessaire. Les besoins en termes de puissance électrique dans le « Scénario de refroidissement efficace » sont par conséquent inférieurs de plus de 50 gigawatts à ceux du Scénario de référence. Cela se traduit par une réduction des coûts de plus de 10% pour répondre à la demande de refroidissement des locaux et une économie cumulée de 1 260 mégatonnes d'émissions de CO2.


L’AIE conclut qu’une intervention politique efficace est nécessaire pour assurer un refroidissement efficace en énergie/écoénergétique des bâtiments. La Chine peut réaliser d'importantes économies d'énergie et de coûts en mettant en œuvre un cadre stratégique national complet comprenant des réglementations, des programmes d'information et des incitations industrielles.


1 AIE (2019), The Future of Cooling in China, AIE, Paris, www.iea.org/publications/reports/TheFutureofCoolinginChina/.