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L’adoption du conditionnement d’air pourrait augmenter la consommation d’électricité des ménages jusqu’à 42 %

Dans une étude récente menée par EnergyA, un projet de recherche financé par l’UE, les auteurs ont examiné l’impact des conditions climatiques sur les dépenses d’électricité des ménages en Australie, au Canada, en France, au Japon, aux Pays-Bas, en Espagne, en Suède et en Suisse. Les ménages de ces pays réagissent aux conditions météorologiques plus chaudes en s’équipant de systèmes de conditionnement d’air, ce qui entraîne une augmentation des dépenses en électricité.

L’électricité totale utilisée pour le conditionnement d’air dans le monde représentait près de 10 % de l’électricité consommée en 2016. L’Agence Internationale de l’Énergie a estimé que d’ici 2050, la climatisation deviendrait le principal moteur de croissance de la demande d’électricité des bâtiments, responsable de 40 % de la consommation totale d’électricité. [1]

 

Un grand nombre d’études indiquent que la consommation d’électricité n’est pas très sensible aux variations du prix de l’électricité et du revenu des ménages. D’autres facteurs, tels que la température et d’autres conditions météorologiques, peuvent influer sur la demande d’électricité ainsi que sur l’adoption de climatiseurs.

 

La demande croissante de refroidissement en réponse au changement climatique a motivé une étude d’EnergyA, un projet de recherche financé par l’UE. Leur objectif était de comprendre à la fois les déterminants et les effets de l’adoption du conditionnement d’air sur la consommation d’électricité dans huit pays de l’OCDE : l’Australie, le Canada, la France, le Japon, les Pays-Bas, l’Espagne, la Suède et la Suisse. [2]  Leur analyse s’est basée sur les données de l’enquête de 2011 sur la politique environnementale et le comportement individuel (EPIC) menée auprès des ménages de l’OCDE ; et sur les moyennes à long terme (1986-2010) des « degrés-jours froid » (DJF)) et des « degrés-jours chauffage » (DJC) à partir d’un ensemble de données climatiques basées sur les données de la NASA-GLDAS.

 

Les DJC et les DJF sont définis par rapport à une température de base (la température extérieure) en dessous de laquelle les ménages sont supposés avoir recours au chauffage ou au conditionnement d’air [3]. Ces mesures sont couramment utilisées pour évaluer l’intensité et la durée des climats chauds et froids, ainsi que les exigences correspondantes en matière de conditionnement d’air et de chauffage.

 

Dépenses d’électricité associées à l’adoption du conditionnement d’air

 

L’étude EnergyA a révélé que les ménages équipés de systèmes de conditionnement d’air dépensent entre 35 % et 42 % de plus en électricité que les ménages non équipés. Des températures plus élevées (mesuré par une augmentation des DJF) entraînent l’adoption du conditionnement d’air, ce qui affecte alors fortement les dépenses en électricité. [2]

 

De précédentes études menées dans d’autres pays avaient également révélé une augmentation de la consommation d’électricité associée à l’adoption du conditionnement d’air, toutefois avec une grande variabilité entre les pays. Aux États-Unis, les ménages équipés de systèmes de conditionnement d’air consommaient 11 % d’électricité de plus par an. Une étude précédente menée auprès d’un échantillon de 11 pays de l’OCDE a révélé que le chauffage et le conditionnement d’air augmentent la demande d’électricité jusqu’à 36 %. Au Brésil, la demande d’électricité a augmenté jusqu’à 33 %. [2]

 

Les écarts entre les résultats d’EnergyA et les études antérieures sur les dépenses estimées en électricité peuvent provenir du fait que, bien que le conditionnement d’air ait une incidence importante sur les dépenses en électricité, divers facteurs influent sur l’adoption du conditionnement d’air.

 

En fait, les modèles d’EnergyA suggèrent qu’une fois que toutes les variables associées à l’adoption du conditionnement d’air sont correctement prises en compte, les DJF n’ont plus d’influence supplémentaire sur les dépenses d’électricité. Contrairement aux DJC qui continuent d’avoir un impact, l’effet des DJF sur les dépenses d’électricité a été absorbé par l’effet de l’adoption du conditionnement d’air dans leur modèle.

 

Déterminants de l’adoption du conditionnement d’air

 

À l’échelle mondiale, les ventes annuelles de climatiseurs ont presque quadruplé de 1990 à 2016, pour atteindre 135 millions d’unités [2]. Dans le contexte du réchauffement climatique, les ménages réagissent aux températures inconfortablement chaudes en adoptant la climatisation. Le risque de mortalité chez les nourrissons et les personnes âgées est plus élevé pendant les pics de températures froides et chaudes. Le conditionnement d’air remplit ainsi un objectif de santé en protégeant les membres vulnérables des ménages. Par conséquent, on s’attend à ce que la pénétration du conditionnement d’air augmente dans les pays tempérés.

 

L’étude EnergyA a révélé que les ménages comptant une plus grande proportion de membres plus jeunes étaient plus susceptibles d’adopter le conditionnement d’air, peut-être comme stratégie pour protéger les mineurs contre l’exposition aux fortes chaleurs.

 

Vivre en milieu urbain augmente considérablement la probabilité d’avoir un climatiseur. En fait, les CDDs sont plus élevés en milieu urbain en raison de l'effet des îlots de chaleur, et les ménages réagissent en ayant recours au conditionnement d’air.  Étonnamment, la même variable de la vie en milieu urbain est associée à une dépense moindre en électricité. Cela peut s’expliquer par une concentration plus élevée de bâtiments et d’appareils plus économes en énergie dans les zones urbaines.

 

Les ménages qui sont plus habitués à adopter des comportements d’économie d’énergie sont moins susceptibles d’adopter le conditionnement d’air. À l’inverse, les ménages disposant d’un plus grand nombre d’appareils électroménagers sont plus susceptibles d’adopter le conditionnement d’air, peut-être parce que les ménages habitués à des niveaux de confort plus élevés sont également plus susceptibles d’adopter le conditionnement d’air.

 
Perspectives futures concernant la précarité énergétique

 

Dans l’étude EnergyA, un indicateur de précarité énergétique a été défini comme le nombre de ménages dont les dépenses annuelles en électricité dépassent 5 % du revenu du ménage. Les huit pays comprenaient des ménages qui consacrent plus de 5 % de leurs revenus à l’électricité. Au Canada et en Espagne, une fraction importante des ménages consacre plus de 10 % de leur revenu à l’électricité.

 

En utilisant le scénario climatique RCP8.5, l’équipe d’EnergyA a simulé que l’augmentation du nombre de DJF annuels d’ici 2040 pourrait varier de 49 degrés-jours supplémentaires en Suède, à 302 degrés-jours supplémentaires en France. L’augmentation simulée des DJF entraîne une une adoption accrue du conditionnement d’air, ce qui se traduit ensuite par une consommation annuelle d’électricité plus élevée. L’augmentation de l’adoption du conditionnement d’air varie d’environ 3 % au Japon à 35 % en France.

 

Selon le scénario climatique RCP8.5, d’ici 2040, chaque ménage dépenserait au moins 20 euros de plus par an en électricité en Australie, au Canada et en Espagne pour tous les déciles de revenu. L’impact simulé du changement climatique est plus limité en Suisse, aux Pays-Bas, en Suède et au Japon. [2]

 

Conclusion

 

Si le changement climatique fait du conditionnement d’air un bien essentiel pour la santé et la sécurité d’un nombre croissant de personnes, il sera nécessaire de généraliser le recours à des climatiseurs plus efficaces sur le plan énergétique. L’Agence Internationale de l’Énergie avait déclaré qu’en moyenne, l’efficacité énergétique des climatiseurs vendus aujourd’hui ne reflète pas la meilleure technologie disponible. [1]