Les défis de la chaîne du froid alimentaire après la pandémie

La pandémie de COVID-19 a révélé plusieurs lacunes dans la chaîne du froid alimentaire mondiale. À la suite de la pandémie, des investissements dans la chaîne du froid sont nécessaires pour maximiser l’accès à la nourriture et réduire le gaspillage. Il convient de mettre l’accent sur une flexibilité accrue ainsi que sur une chaîne d’approvisionnement plus connectée et axée sur les données.

Une chaîne du froid est un réseau ininterrompu de transport et de stockage à température contrôlée, assurant le transport des aliments des producteurs vers les consommateurs. Selon Carrier, entreprise membre de l’IIF, investir dans la chaîne du froid demeure l’un des moyens les plus efficaces d’assurer la circulation fiable et sûre des aliments pendant une pandémie et de s’adapter à un monde post-pandémie. [1]

 

Les défis de la chaîne du froid alimentaire pendant la pandémie

 

Pendant le confinement imposé par les gouvernements en Europe, la demande de stockage frigorifique a explosé. En effet, la fermeture des restaurants et autres services de restauration a forcé les fournisseurs de légumes et de viande à stocker des produits invendus tout en cherchant de nouveaux acheteurs. En juin 2020, plus de 90 % des installations de stockage frigorifique en Europe étaient utilisées à 100% de leur capacité. [2]

En outre, les consommateurs se sont éloignés de la restauration au profit du commerce de détail. En France, les ventes de produits surgelés salés ont augmenté de 60 % de la mi-mars à fin mars par rapport à l’année précédente. [3] Aux États-Unis, les achats d’épicerie en ligne ont doublé en mars 2020. Une enquête du bureau de recensement des États-Unis indique que 46 % des consommateurs ont l’intention de continuer les achats d’épicerie en ligne (y compris les denrées périssables) après la pandémie. [4]

La transition des consommateurs de la restauration au commerce de détail a révélé le besoin urgent de flexibilité dans la chaîne du froid. Pour l’instant, la chaîne du froid est fragmentée avec peu ou pas de compatibilité entre les différents fournisseurs et plates-formes. Les agriculteurs sont reliés au commerce de détail par un réseau de chaîne du froid et reliés à la restauration par un autre réseau de chaîne du froid.

 

Investir dans une chaîne du froid alimentaire plus connectée

 

Une plus grande connectivité est nécessaire pour offrir des informations en temps réel et une meilleure visibilité sur l’emplacement, l’état et la manutention des marchandises périssables à tout moment de la chaîne du froid. Pendant la pandémie, la création de centres alimentaires temporaires utilisant par exemple des données informatiques et le commerce électronique, s’est avérée efficace pour la distribution alimentaire en zone urbaine. Par exemple, à Milan en Italie, les « systèmes d’aide alimentaire » ont fourni de la nourriture aux personnes âgées et vulnérables en convertissant une banque alimentaire en centre logistique, en créant sept centres alimentaires temporaires avec un stockage élargi et en aménageant des minibus pour la livraison alimentaire. [1]

 

Carrier propose que la chaîne du froid se développe pour devenir plus axée sur les données, en permettant le partage de l’information par le biais des technologies numériques. Il deviendrait de plus en plus courant de réacheminer les produits en fonction de l’offre en temps réel et de la demande des consommateurs. De plus, les perturbations causées par les conditions météorologiques ou les pandémies pourraient être gérées, et les partenaires pourraient partager des informations sur l’emplacement, la température et d’autres mesures critiques des produits en transit des producteurs aux consommateurs. Une telle « chaîne d’approvisionnement numérique » pourrait réduire les coûts d’approvisionnement de 20 %, ceux des processus de la chaîne d’approvisionnement de 50 % et augmenter les revenus de 10 %.

 

De toute évidence, la création d’une chaîne du froid nécessite des investissements en équipement, en personnel et en systèmes d’information associés aux entrepôts frigorifiques. Toutefois, l’expertise nécessaire pour assembler ces actifs existe déjà, les coûts sont prévisibles et les retours sur investissement attrayants.  Les bénéfices en termes de sécurité alimentaire et de climat seraient également incalculables.

 

La chaîne du froid pour réduire les pertes alimentaires

 

Dans une note d’information, l’IIF a estimé qu’une chaîne du froid plus efficace pourrait potentiellement nourrir 950 millions de personnes par an. Pour l’instant, 13 % de la totalité des aliments produits dans le monde sont perdus par manque de froid, principalement dans les pays en développement. [5]

En Inde, un projet pilote parrainé par Carrier a permis d’améliorer la chaîne du froid afin de réduire les pertes après récolte. [1] Le projet a été conçu pour mesurer l’impact du stockage et du transport frigorifiques sur le kinnow, un petit agrume cultivé dans la région du Pendjab en Inde et au Pakistan.  Le kinnow se conserve idéalement à 4-5 °C. Avant l’installation d’une chaîne du froid moderne, le kinnow était exposé à des températures allant jusqu’à 30 °C dans des camions non frigorifiques et les pertes pouvaient atteindre 32 %.

Dix unités de prérefroidissement ont été installées et il y a maintenant 400 trajets de camions frigorifiques pendant la saison des récoltes. Les pertes après récolte ont été réduites de 76 %. Auparavant, le kinnow n’était disponible que pendant 2 à 3 mois dans l’année. L’amélioration de la chaîne du froid a étendu la période de disponibilité à 4 à 5 mois par an, permettant l’exportation vers dix pays d’Asie, du Moyen-Orient et d’Europe. Les bénéfices du producteur ont augmenté de 15 % et les bénéfices du transporteur frigorifique ont augmenté de 23 %.

 

Les détails complets du projet pilote peuvent être téléchargés sur Fridoc :

 

Chaîne du froid alimentaire et changement climatique

 

Bien que les émissions de CO2 pendant la récolte et le transport de kinnow aient été réduites de 16 %, l’introduction du transport frigorifique et du froid a inévitablement généré de nouvelles émissions de carbone. Pour mesurer l’avantage de l’introduction d’une chaîne du froid efficace malgré les émissions de carbone, plusieurs scénarios ont été simulés dans une étude précédente commandée par Carrier. [1] Elle a conclu que dans tous les scénarios prospectifs, la diminution de l’empreinte carbone des pertes et du gaspillage alimentaire (FLW) découlant de l’expansion de la chaîne du froid compense clairement les émissions nouvellement générées, par un facteur de 10 environ.

En outre, les nouvelles émissions de la chaîne du froid seront d’autant plus réduites grâce à des innovations telles que les frigorigènes à faible potentiel de réchauffement planétaire (GWP) ou les équipements de de transport frigorifique tout électrique.

 

Sources:

[1] “Reimagining the Cold Chain in a Post Pandemic World”, white paper by Carrier Global Corporation. Link

[2] https://www.freshfruitportal.com/news/2020/06/05/european-cold-storage-space-extremely-limited-amid-sky-high-demand/

[3] https://iifiir.org/en/news/impact-of-the-covid-19-epidemic-on-the-refrigeration-sector

[4] https://www.cbre.us/research-and-reports/US-MarketFlash-COVID-19-Impact-on-the-Food-Industry-Implications-for-Industrial-Real-Estate

[5] 6th IIR Informatory Note on “The Role of Refrigeration in Worldwide Nutrition” https://iifiir.org/en/iir-informatory-notes