Rudolf Plank : une vie entière au service de l’Institut international du froid
À l’occasion du centenaire du Kältetechnisches Institut, fondé à Karlsruhe en 1926 par Rudolf Plank, nous vous invitons à découvrir le destin extraordinaire d’un homme dont l’œuvre a profondément marqué l’histoire du froid, de la recherche scientifique et de l’Institut international du froid.
Un engagement exceptionnel de plus d’un demi-siècle
Peu de personnalités ont marqué l’histoire de l’Institut international du froid (IIF) aussi profondément que Rudolf Plank. Son parcours au sein de l’organisation s’étend sur plus de cinquante-cinq ans et accompagne pratiquement toute l’histoire moderne du froid au XXe siècle.
En juin 1914, alors âgé de seulement 28 ans, Aloys Valerian Rudolf Plank est nommé représentant du gouvernement impérial allemand au Conseil de la jeune Association Internationale du Froid, créée cinq ans plus tôt. Trois mois plus tard éclate la Première Guerre mondiale. Malgré les bouleversements qui marqueront l’Europe durant les décennies suivantes, Plank restera fidèle à l’idéal de coopération scientifique porté par l’Institut.
Cinquante-cinq ans après sa première nomination, en octobre 1969, après avoir occupé presque toutes les plus hautes fonctions de l’IIF, il participe une dernière fois aux réunions du Comité exécutif avant de se retirer. Celui que ses contemporains qualifiaient alors de « spécialiste du froid le plus connu au monde » s’éteindra quatre ans plus tard, à l’âge de 87 ans.
Des contributions scientifiques et techniques précoces
Après la Première Guerre mondiale, Rudolf Plank reprend activement sa participation aux travaux internationaux du froid. Il assiste au Congrès de Londres en 1924 puis dirige la délégation allemande au Congrès de Rome en 1928.
Son engagement est rapidement reconnu : en 1930, il est nommé vice-président de la Commission internationale des machines frigorifiques. Même lorsqu’il ne peut assister physiquement aux manifestations de l’Institut, il continue à contribuer à ses travaux. Ainsi, lors du Congrès de Buenos Aires en 1932, il présente deux communications importantes, l’une consacrée aux propriétés thermodynamiques des fluides, l’autre à la congélation rapide des denrées alimentaires A, B. Ces travaux illustrent déjà les deux grands axes de sa carrière : la thermodynamique et la conservation des aliments.
Parallèlement, Plank multiplie les missions à travers le monde. Il se rend en Chine pour étudier les installations de congélation du poisson utilisant le procédé Ottesen, visite le Japon, la Mandchourie, l’Argentine, l’Uruguay et le Brésil afin d’y observer les techniques de conservation des produits alimentaires. Il est également envoyé en Afrique du Sud pour étudier et superviser les premières installations de prérefroidissement.
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Scans : Comptes-rendus Congrès international du froid de l'IIF.
Karlsruhe : l’œuvre d’une vie
L’année 1926 marque un tournant décisif dans sa carrière avec la création de l’Institut Technique du Froid de l’École Polytechnique de Karlsruhe. Cette réalisation constitue probablement l’œuvre dont il fut le plus fier et celle qui lui apporta une reconnaissance internationale durable.
Il développe progressivement cet institut en y associant un centre de recherche consacré à la conservation des aliments, fondé en 1936. Sous son impulsion, Karlsruhe devient rapidement l’un des principaux centres mondiaux de recherche et d’enseignement dans le domaine du froid. Plusieurs de ses élèves, dont Johann Kuprianoff et Kurt Nesselmann, contribueront à leur tour au rayonnement international de cette école.
Un humaniste au service de la coopération internationale
L’année 1937 constitue une nouvelle étape importante de son parcours à l’IIF. Sous l’impulsion du délégué américain Gardner Pool, l’Institut crée un Comité technique qui deviendra plus tard l’actuel Conseil Science et Technologie (CST). Rudolf Plank en est nommé vice-président, tout en conservant ses responsabilités au sein de la Commission des machines frigorifiques.
La même période voit la préparation du VIIIe Congrès international du froid, prévu à Baden-Baden en 1940. Plank joue un rôle majeur dans son organisation. Mais le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale met brutalement fin à ces projets.
La guerre détruit également une grande partie de son œuvre personnelle. L’École Polytechnique de Karlsruhe, dont il est alors recteur, est sévèrement endommagée. Refusant de céder au découragement, il entreprend immédiatement sa reconstruction ainsi que celle du centre de recherche sur la conservation des aliments. Grâce à son énergie et au soutien de ses anciens élèves devenus enseignants, Karlsruhe retrouve rapidement son prestige international.

Scan : Institut international du froid commissions 3 et 5, journées de Mons (Belgique) 14, 15, 16 avril 1953
Cette détermination à maintenir les liens scientifiques malgré les crises apparaît avec force lors du discours d’ouverture des journées de Mons en 1953 intitulé : « Le besoin et les avantages d’une coopération internationale dans le domaine du froid industriel. » Dans un contexte dominé par les tensions de la Guerre froide, il affirme :
« Les différences dans les formes de gouvernement n’impliquent aucune différence dans les problèmes scientifiques et techniques à résoudre. »
Pour Plank, la science devait rester un terrain de dialogue entre les nations, quelles que soient leurs divergences politiques.
Cette même conférence révèle également son attachement profond au secteur du froid, qu’il considère comme particulièrement propice au dépassement constant des limites du savoir et de la technique, malgré une pointe de scepticisme teinté d’humour à l’égard d’autres spécialités qui, selon lui, semblent avoir trouvé leur zone de confort et décidé de ne plus en sortir.
« Cette profession nous force à dépasser les limites imposées à l’activité de la plupart des Ingénieurs, et à nous évader dans les vastes régions des applications des basses températures ? La diversité de ces applications élargit notre horizon et nous empêche de dégénérer en spécialistes unilatéraux de ce type d’esprit étroit qu’on rencontre si souvent parmi les professionnels. »
Les années de reconnaissance internationale
Au Congrès de Paris de 1955, Rudolf Plank prononce une conférence magistrale consacrée aux cent premières années de la réfrigération mécanique. Retraversant l’histoire du froid depuis les expériences de William Cullen jusqu’à l’essor industriel du XIXe siècle, il conclut que cette industrie est encore jeune, mais dispose d’un immense potentiel de développement. Une affirmation confirmée aujourd’hui par l’importance du secteurC. Cette même année, il est élu vice-président du Comité exécutif de l’IIF.
Quatre ans plus tard, lors du Congrès de Copenhague en 1959, il accède à la présidence de la Conférence générale, devenant alors la personnalité la plus influente de l’Institut. Cette nomination constitue un hommage naturel à celui qui est désormais reconnu comme l’une des plus grandes figures mondiales du froid.
En 1963, lors du premier Congrès enfin tenu en Allemagne à Munich, il reçoit la prestigieuse Médaille Ottesen décernée par l’Association danoise du froid. Conformément aux statuts de l’Institut limitant le nombre de mandats, il transmet ensuite la présidence de la Conférence générale à son ami et ancien élève Johann Kuprianoff.
Un héritage toujours vivant
Rudolf Plank continue de représenter l’Allemagne de l’Ouest au Comité exécutif jusqu’en 1969.
À sa disparition, Michel Anquez, alors directeur de l’Institut, écrit : « Aujourd’hui l’Institut international du froid pleure le dernier représentant de ces pionniers qui ont développé et vulgarisé depuis le début du siècle, les sciences et les techniques du froid. Mais L’IIF est aussi fier d’avoir compté parmi ses membres fidèles un homme aussi éminent. Sa mémoire restera un modèle pour tous ceux qui, aujourd’hui, dans le monde entier, s’efforcent de creuser le sillon qu’il a commencé à tracer. »
Plus d’un demi-siècle après sa disparition, son influence demeure bien présente. En 2025, lors de la première conférence de l’IIF Adaptation, une équipe de chercheurs italiens a consacré une étude au cycle transcritique au CO₂ imaginé par Plank. Un signe parmi d’autres que ses travaux continue d’inspirer la recherche contemporaine.
Scientifique visionnaire, bâtisseur d’institutions et défenseur infatigable de la coopération internationale, Rudolf Plank demeure l’une des figures fondatrices de l’histoire de l’Institut international du froid. Son héritage reste au cœur de l’identité et du développement de l’IIF.


Hommage posthume au professeur dans le Bulletin de l'IIF de 1973.
A Plank R. Sur la loi d'un diamètre rectiligne pour les viscosités des liquides et des vapeurs saturées. Proceedings of the 6th International Congress of Refrigeration: Buenos Aires, Argentina, August 24-September 15, 1932.
B Plank R., Kuprianoff J. et Peters. La congélation rapide des denrées alimentaires par contact direct avec des agents frigorigènes en cours d'évaporation. Proceedings of the 6th International Congress of Refrigeration: Buenos Aires, Argentina, August 24-September 15, 1932.


