Le froid au cœur des efforts mondiaux pour la neutralité carbone
Lambert Kujpers, membre du CST de l’IIF, s’exprime sur les possibilités et les défis auxquels le secteur du froid fait face pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Il aborde également de son rôle dans les efforts mondiaux d’atténuation du réchauffement climatique.
Les inquiétudes quant à l’incidence des frigorigènes synthétiques sur le réchauffement climatique ont émergé dès les années 1970. Pour la première fois, des études avaient été menées sur l’impact environnemental des chlorofluorocarbones (CFC) donnant lieu à l’hypothèse d’une destruction de la couche d’ozone par ces derniers. Cela a abouti, en 1987, à la signature du Protocole de Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la couche d’ozone. Grâce à plusieurs amendements et à une ratification mondiale, les CFC et les hydrochlorofluorocarbones (HCFC) ont été quasiment éliminés des nouveaux équipements frigorifiques et de conditionnement d’air [1].
Adopté en 2016, l’Amendement de Kigali au Protocole de Montréal contribue à réduire les émissions directes de gaz à effet de serre (GES) en éliminant progressivement la production et l’utilisation mondiale des hydrofluorocarbones (HFC). Selon l’IIF, la réduction progressive des HFC à l’échelle mondiale pourrait contribuer à éviter une hausse de 0,1 °C à 0,3 °C des températures moyennes mondiales d’ici 2100 [2].
Grâce aux réductions des substances appauvrissant la couche d’ozone (SAO) en vertu du Protocole de Montréal, des signes de rétablissement de la couche d’ozone ont été relevés. Cette reconstitution suggère que le trou dans la couche d’ozone diminuerait d’année en année (voir notre article à ce sujet).
Dans son allocution, Lambert Kujpers, membre du CST de l’IIF, a synthétisé l’historique de ces initiatives climatiques. Il a ensuite expliqué comment le secteur du froid, de la climatisation et des pompes à chaleur (RACHP) peut atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 [3].
Selon M. Kujpers, ce secteur devrait donner la priorité aux actions suivantes pour réduire ses émissions :
- réduire la demande en refroidissement ou en chauffage en utilisant les équipements de RACHP de manière stratégique dans « leur environnement thermique ». Cela passe par une amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, des mesures passives, des pratiques d’installation, des réglages de température ou des méthodes innovantes permettant de gérer séparément l’humidité et la température dans le conditionnement d’air ;
- améliorer l’efficacité énergétique des applications de RACHP en sélectionnant soigneusement les composants et en les adaptant aux saisons afin d’en optimiser les performances ;
- intégrer toutes les sources d’énergie renouvelable (ou du moins neutres en carbone) ;
- évaluer et optimiser les investissements nécessaires pour réaliser les étapes 1 à 3.
Kujpers a souligné l’importance des grandes installations de chauffage et de refroidissement urbains, car elles contribuent à une diminution globale de la demande en adoptant des approches systémiques (conception des bâtiments, aménagement urbain, collectivités locales, etc.).
Il estime qu’un secteur RACHP durable peut jouer un rôle central dans la réalisation des efforts mondiaux visant à atteindre la neutralité carbone. Les pompes à chaleur sont en effet la technologie la plus efficace pour substituer les énergies fossiles dans la production de chaleur, grâce à leur capacité à valoriser les énergies renouvelables.
L’IIF confirme que la réduction des émissions liées aux systèmes frigorifiques joue un rôle clé dans les efforts mondiaux visant à atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Celui-ci vise à limiter la hausse de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, tout en poursuivant les efforts pour la maintenir en dessous de 1,5 °C [2].
Il ne fait aucun doute que la question du financement doit être abordée, puisque la transition vers des émissions quasi nulles nécessitera environ 15 000 à 20 000 milliards de dollars USD, en particulier dans de nombreux pays en développement.
Pour savoir plus, lire l’article complet qui a été présenté lors de la séance plénière du 26e Congrès international du froid de l’IIF, qui s’est tenu à Paris, en France, en 2023.
Article téléchargeable sur FRIDOC
Sources
[1] IIF, 2025. Les frigorigènes naturels en Afrique http://dx.doi.org/10.18462/iir.sophia.policybrief.natural.refrigerant.africa
[2] IIF, 2025. Le rôle du Froid dans l'économie mondiale 3e édition, 60e Note d'information de l'IIF sur les Technologies du Froid. Institut international du froid (IIF), Paris. http://dx.doi.org/10.18462/iir.TechBrief.04.2025
[3] Kuijpers L. J. M., 2023. From past to present: a net-zero framework with various hurdles and opportunities for RACHP. Proceedings of the 26th IIR International Congress of Refrigeration: Paris, France, August 21-25, 2023. http://dx.doi.org/10.18462/iir.icr.2023.1160